Contexte géographique

Vue panoramique de Sutton

Vue panoramique de Sutton

La ville de Sutton s’étale sur un territoire d’une superficie de 256 kilomètres carrés, borné au nord par les villes de Lac-Brome et de Brome, au sud par la frontière américaine et Abercorn, à l’est et à l’ouest par les cantons de Potton et de Dunham respectivement. Ce vaste territoire de forme carrée se découpe en plusieurs zones bien distinctes : l’ouest est un piémont principalement agricole; le sud-est, une vallée où coule la rivière Sutton; l’est, un massif montagneux qui est l’extension nord des montagnes vertes du Vermont. Dominé par les 962 m du mont Round Top, ce massif offre de nombreuses activités récréatives dont le ski alpin, le ski de fond, la raquette, l’hébertisme et la marche en montagne.

La rue Principale à l’intersection avec la rue Maple.

La rue Principale à l’intersection avec la rue Maple.

 

Le noyau le plus urbanisé correspond au centre géographique du territoire qui compte aussi deux hameaux : Sutton Junction, au nord, et Glen Sutton au sud, dans la vallée de la rivière Missisquoi.

La rue Principale à l’intersection avec la rue Maple, au début du 20e siècle. À droite le magasin Olmstead et Boright qui devint par la suite le Rendez-vous de la mode jusqu'en 2015. De l’autre côté de la rue Maple, la clinique et pharmacie du Dr Frederick Cutter, fils.

Les premiers habitants

Les peuples amérindiens ont sillonné la région de Sutton, il y a de cela plusieurs milliers d’années. Des sites archéologiques, situés près de la baie Missisquoi à Glen Sutton, non loin de la limite du Canton de Potton et à la jonction des branches nord et sud de la rivière Missisquoi dans le Canton de Potton, relèvent des traces de leur passage datant de deux à trois mille ans. Plus près de nous, Sutton a été le territoire de chasse, de pêche et de cueillette des Abénaquis de l’Ouest, venant du Vermont et d’Odanak. John Collins, le premier à avoir arpenté la région, a signalé la présence d’Indiens de cette tribu entre 1771 et 1774.

Les pionniers

L’église baptiste Olivet circa 1910

L’église baptiste Olivet circa 1910

Le Canton de Sutton a été délimité en 1792 par l’arpenteur Jesse Pennoyer qui a placé des bornes aux quatre coins d’un carré de 16 km de côté (10 milles). L’histoire officielle de la colonisation de Sutton commence en 1802 avec la concession de 308 lots de 200 acres à quelque 168 concessionnaires. Toutefois, plusieurs colons s’étaient déjà établis sur ces terres, quelques années auparavant. Certains avaient fui les États-Unis après la guerre d’indépendance américaine (1776-83), l’Angleterre ayant offert à ses loyalistes de les accueillir dans sa colonie du Canada. D’autres avaient tout simplement migré vers le nord en quête de terres bon marché.

Quelques-uns de ces squatters ont reçu une concession en 1802 dont Thomas Spencer et Alexander Griggs qui avaient quitté l’état de New York en 1792 pour s’installer à Abercorn ; Joseph Soles du Rhode Island qui s’était établi à North Sutton en 1795; Moses Westover, venu du Massachusetts en 1796, qui s’était bâti non loin de la jonction des chemins Mont-Écho et Élie; et William Marsh qui, dès 1797, avait habité au cœur de ce qui est maintenant le noyau urbain de Sutton, longtemps connu sous le nom de Sutton Flat.

Le premier moulin

Thomas Shepard du New Hampshire est arrivé à Abercorn en 1798 et a bâti le premier moulin à blé dans ce qui était alors le Canton de Sutton. Le hameau autour du moulin s’est appelé Shepard’s Mills jusqu’à l’ouverture d’un bureau de poste en 1848 nommé Abercorn.

Le hameau de Glen Sutton est également fort ancien. Parmi les premiers à s’y établir se trouve James Miller, arrivé en 1799, suivi par Theophilus Hastings et Benjamin Burnet en 1800. Tous trois venaient du Vermont.

D’abord appelée Dodge, du nom de la taverne située à l’extrémité sud de la rue Bridge, Glen Sutton a été rebaptisée en 1861, à la suggestion de James Moir Ferres, un Écossais qui a été député de Brome, de 1858 à 1861. Glen signifie petite vallée en langue celtique.

 

Le moulin construit sur la rivière Sutton par Lagrange vers 1840. La chute se trouve un peu en amont de l’actuelle rue Highland.

Le moulin construit sur la rivière Sutton par Lagrange vers 1840. La chute se trouve un peu en amont de l’actuelle rue Highland.

L’évolution démographique

Le drug store du docteur Frederick Cutter, père, attenant à sa maison située à l’intersection des rues Academy et Principale Nord(coin nord-est).

Le drug store du docteur Frederick Cutter, père, attenant à sa maison située à l’intersection des rues Academy et Principale Nord (coin nord-est).

 

 

Le premier recensement remonte à 1803. La population du Canton de Sutton se chiffrait alors à 500 habitants, dont 101 propriétaires de terres, 82 hommes mariés, 15 hommes célibataires et 4 femmes. En 1832, la population atteint seulement 825 âmes. Il faut dire que le froid désastreux de 1816 en a découragé plusieurs. Cette année-là, six pouces de neige sont tombés du 6 au 8 juin, et il n’y a eu aucun mois sans gel au sol. Récoltes perdues, faim et pauvreté ont incité bon nombre de jeunes gens à partir pour s’installer dans le Haut-Canada (Ontario actuel).

Les premiers colons francophones sont arrivés dans les années 1840, les bonnes terres se faisant rares dans les seigneuries le long du Saint-Laurent et du Richelieu. Ils ont comme nom, Dubé, Gendron, Godue, Lusignan, Métivier. Le premier francophone à occuper une fonction au sein de la municipalité est Baptiste Saint-Pierre (connu sous le nom de Battesse Sampier). Déjà résident de Sutton en 1846, selon le rôle d’évaluation, il a été nommé évaluateur et contrôleur en 1858.

L’organisation municipale

Au lendemain de la rébellion de 1837-1838, le Parlement britannique vote l’Acte d’Union qui réunit sous une même autorité le Haut et le Bas-Canada. La nouvelle assemblée du Canada Uni crée alors le cadre législatif permettant la formation de conseils municipaux. Lors de sa première réunion, le 21 juillet 1845, le conseil du Canton de Sutton élit Moses Westover au poste de maire et George C. Dyer à celui de secrétaire-trésorier. Dix ans plus tard, le 1er juillet 1855, le Canton de Sutton devient une municipalité incorporée. Le besoin d’un hôtel de ville se fait rapidement sentir. W.M. Dow prépare des plans au coût de 1,650 $. La construction, qui est confiée à Alden Olmstead, commence en 1859. En 1912, la façade de l’édifice est rénovée. La facture s’élève à 5,000 $ et est partagée entre le Canton de Sutton (3,000 $) et la Ville de Sutton (2,000 $). En 1896, la zone la plus urbanisée s’était constituée en municipalité distincte. À la fin du 19e siècle, la disparité des besoins en services des zones rurales et urbaines incite de nombreuses municipalités du Québec à se scinder en créant des villes et des municipalités rurales (ou de paroisse). À Sutton, il semble que l’installation d’un réseau d’aqueduc ait été à l’origine de la scission. Frédérick A.Olmstead est le premier maire de la nouvelle Ville de Sutton et Charles Ulric R.Tartre, le premier secrétaire-trésorier. En 1929, Abercorn sera également constituée en municipalité indépendante de celle du Canton de Sutton, alors amputée d’une partie de son territoire.

La fin de l’isolement

Les montagnes qui font la beauté de Sutton ont longtemps été une entrave à son développement en raison du peu de liens routiers avec le reste du Québec et du Canada. Les communications étaient plus faciles avec le voisin américain, d’autant plus que le premier poste de douanes n’a été ouvert qu’en 1848, à Abercorn. Un service de diligence reliant Saint-Jean sur le Richelieu à Troy au Vermont, en passant par Sutton, est inauguré. C’est aussi le début de la poste. Un premier bureau de poste, appelé Alva, est ouvert dans la maison Frary, au coin du Pinacle Ouest et de la route 139. Gilbert Fray est nommé maître de poste en 1841.

Gare-Sutton-1902Dans les années 1860, la South Eastern Counties Junction Railroad projette de relier Montréal à Newport au Vermont où se fera la jonction avec les chemins de fer américains. Sous l’impulsion de son maire Asa Frary, la Ville de Sutton multiplie les efforts pour que le train passe par Sutton plutôt que Dunham. La municipalité va jusqu’à souscrire une débenture de 63,000$ de la compagnie de chemin de fer, une somme qui représentait plus de trois fois ses revenus annuels. L’initiative porte ses fruits. Un lien ferroviaire vers les États-Unis, passant par Sutton, est officiellement inauguré le 31 octobre 1871. Avec le train arrive le télégraphe. Le Canton de Sutton n’est plus isolé. La venue du train stimule l’expansion économique en facilitant l’exportation des produits agricoles et forestiers de la région et l’implantation d’une industrie légère. Les premières lignes téléphoniques sont installées en 1890 par la Mansonville Utilities qui assurera le service jusqu’à son acquisition par Bell Canada dans les années 1950. L’électricité arrive dans le village de Sutton en 1908 grâce à la création par le conseil de ville de la Sutton Electric Lighting Company. L’électricité est achetée à Richford et acheminée à Sutton par une ligne de transmission longeant la route 139. Un programme subventionné par le gouvernement du Québec permettra l’électrification des zones rurales après la guerre de 1939-1945. Les derniers rangs sont branchés en 1950.

Le grand feu de 1898

À 3 h dans la nuit du 15 avril 1898, la cloche de l’Église méthodiste retentit : un incendie fait rage à la Sutton Lumber, située au sud de la rue Maple au bord de la rivière Sutton. Sûrs d’avoir maîtrisé l’incendie et empêché sa propagation, les hommes qui ont combattu les flammes rentrent chez eux à l’aube. L’alarme retentit de nouveau à 7 h : la grange du Dr Macdonald, coin Pleasant et Mountain (actuellement Maple), est en feu. Des étincelles du premier incendie, poussées par le vent, auraient embrasé des balles de foin. Le feu se répand rapidement. Les villageois se mobilisent. Le vent, le manque d’eau, l’aqueduc privé qui alimente le village et qui ne suffit pas à la demande, ainsi que l’absence de coordination, nuisent à leur travail.

Scène de désolation au lendemain du grand feu de 1898. Photographie prise par Frank Wheeler de Richford au Vermont.

Scène de désolation au lendemain du grand feu de 1898. Photographie prise par Frank Wheeler de Richford au Vermont.

 

Finalement, on appelle à la rescousse les gens de Knowlton et les pompiers de Richford qui s’amènent en train en un temps record. Vers 10 h, c’est au tour des pompiers de Saint-Jean de débarquer d’un train spécialement affrété par le Canadien Pacifique. Il est trop tard. En quelques heures, le feu a tout détruit entre les rues Boright (actuellement rue Dépôt), Dépôt (actuelle rue Pine), Pleasant et le Railway Square où se trouve la gare. Il a épargné les églises méthodiste et baptiste.

À la suite de ces événements tragiques, le conseil municipal de la Ville de Sutton crée un service d’incendie volontaire et adopte, le 23 mai 1898, le Règlement 6 décrétant l’installation d’un réseau d’aqueduc. En 1938, grâce à l’achat d’un camion-pompe (exposé au Musée), le secteur rural de Sutton, non desservi par un réseau d’aqueduc, bénéficie d’une protection contre les incendies. Une étroite collaboration s’installe entre la Ville et le Canton de Sutton pour l’administration et le financement du service d’incendie.

Le pont international

Plusieurs ponts ont été construits dans le Canton, entre 1918 à 1928, dont le pont International sur la rivière Missisquoi qui relie Glen Sutton et East Richford au Vermont. Ce pont a été emporté en même temps que 45 autres ponts de la vallée de la Missisquoi lors de la grande inondation de novembre 1927, la plus désastreuse de l’histoire de Sutton. Ce pont, qui appartient à 80 % aux Américains, a été reconstruit en 1929. Il est inscrit comme bien culturel dans le National Register of Historic Places des États-Unis.

Miliciens et soldats

Ville frontalière, Sutton a entretenu tout au long de son histoire des milices volontaires pour défendre la frontière Canada-États-Unis. Les miliciens de Sutton ont été particulièrement actifs lors des raids des fenians, de 1866 et 1870, à Frelighsburg et Saint-Armand. Plusieurs Suttonnais ont participé aux deux grandes guerres mondiales de 1914 et de 1939. Trente-huit y ont laissé leur vie. Leurs noms sont inscrits sur une plaque de bronze à l’entrée de l’hôtel de ville; l’horloge sur la tour de l’hôtel de ville, installée en 1949 par le Junior Girls Institute, commémore leur mémoire.

Changement de vocation

Le magasin Boright & Safford, qui servait aussi de bureau de poste, a été épargné par le Grand feu. L’édifice construit en 1861 abrite aujourd’hui la Rumeur affamée.

Le magasin Boright & Safford, qui servait aussi de bureau de poste, a été épargné par le Grand feu. L’édifice construit en 1861 abrite aujourd’hui la Rumeur affamée.

Le magasin Boright & Safford, qui servait aussi de bureau de poste, a été épargné par le Grand feu. L’édifice construit en 1861 abrite aujourd’hui la Rumeur affamée.

La grande dépression, causée par le krach de la Bourse de New York en octobre 1929, a des répercussions locales. Durant les années trente, la croissance est lente et plusieurs cultivateurs éprouvent des difficultés qui, jumelées à la mécanisation des instruments aratoires, auront raison de plusieurs d’entre eux. Il faut dire que sur des terres de montagne, la mécanisation rend l’exploitation plus difficile qu’avec des équipements tirés par des chevaux. De nombreuses fermes sont mises en vente. L’aménagement de la station de ski Mont Sutton en 1960 marque le début d’un nouvel essor économique.

La station de ski Mont-Sutton est vite devenue très populaire en raison de ses nombreuses pistes en sous-bois.

La station de ski Mont-Sutton est vite devenue très populaire en raison de ses nombreuses pistes en sous-bois.

D’abord venu pour exploiter la Sutton Dairy Creamery qu’il vient d’acheter avec deux associés et qu’il a renommée Les Produits laitiers Sutton, Harold Boulanger décide par la suite, avec ses fils, de mettre en valeur le potentiel récréatif de la montagne, ce qui ouvre la voie au développement touristique de la région. Au pied des pentes, les projets domiciliaires et d’hébergement se multiplient, obligeant le Canton à construire des réseaux d’égout et d’aqueduc en 1984. Le premier est raccordé au réseau de la Ville et une usine de traitement des eaux usées est construite conjointement par les deux municipalités. Au cœur du village, des commerces, des boutiques, des galeries et divers services voient le jour.

L’agriculture poursuit son déclin. Les terres sont rachetées par des citadins recherchant une résidence de villégiature ou un endroit tranquille pour leur retraite. Un bureau de tourisme et des congrès est créé en 1980. Aujourd’hui, la Corporation de développement économique de Sutton gère le Bureau d’accueil touristique (BAT) avec l’aide financière de la Ville de Sutton qui regroupe depuis 2002, le Canton de Sutton et l’ancienne Ville de Sutton.